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Vie de l'association : In Memoriam, Jacques Landrecies
le 31/01/2013 (1823 lectures)

Jacques Landrecies est mort ce mois de janvier 2013, mais, pour beaucoup de ses collègues et pour ses étudiants, c’est un lundi de décembre qu’il nous a quittés, frappé par une crise cardiaque dans un amphi de l’université de Lille 3 où il enseignait depuis plus de quinze ans la langue et la culture picardes.

Pour Jacques Landrecies, il ne s’agissait pas de faire « apprendre la langue », mais de la constituer en objet de recherche universitaire, de faire réfléchir sur elle, sur ses structures, sur son héritage et ses productions d’aujourd’hui.

Maintenir cet enseignement, dans le sillage de Roger Roussel et Denise Poulet, qui avaient été ses maîtres, Jacques Landrecies avait conscience qu’il s’agissait d’un combat constant. Et, on le sait, cela ne date pas d’aujourd’hui : alors même que le picard était au Moyen âge une langue importante, porteuse d’œuvres essentielles (poésies de Conon de Béthune, œuvres poétiques et théâtrales de Jean Bodel ou Adam de la Halle, et, en moyen français, romans et histoires de la librairie du duc de Bourgogne), Conon se plaignait déjà au XIIe siècle du mépris dans lequel les locuteurs de France, d’Île-de-France, tenaient son langage picard. Ce lien avec le passé avait été mis en valeur par un ouvrage intitulé Picard d’hier et d’aujourd’hui, que Jacques Landrecies avait coordonné pour sa partie moderne et auquel il avait participé par une réflexion sur « La recherche en picard : quelques problèmes et perspectives».

Il fallait en effet donner une légitimité à cette recherche et à cette littérature, face aux autres souvent pensées comme « plus nobles ». Soucieux de montrer que la création littéraire picarde n’était pas un phénomène isolé, Jacques Landrecies, qui appartenait à la 73e section du CNU, qui rassemble les chercheurs spécialistes des différentes langues régionales, avait organisé en 2010 un grand colloque consacré aux littératures régionales vivantes (Languedoc, Lyonnais, Corse, Breton, langue de Guernesey), dont il a réuni les Actes en 2011 sous le titre Présence des littératures contemporaines en langues régionales de France. Dans l’introduction, intitulée « Tant de forêts invisibles… », il soulignait que « les langues régionales constituent sans conteste une des réalités culturelles les plus méconnues de notre pays », ces langues que nombre d’esprits préfèrent nommer « patois » ou « dialecte », façon de disqualifier les littératures dont elles sont le vecteur.

Depuis 1997, Jacques Landrecies enseignait donc avec passion et sans relâche la langue mais aussi la littérature régionales, les textes d’Alexandre Desrousseaux, Jules Mousseron, Brûle Maison, tout autant que les chansons populaires, celles des ducasses, celles des travaux et des métiers. Certes, sa recherche linguistique et sociolinguistique devait de plus en plus prendre en compte la baisse du nombre des locuteurs natifs vers qui il envoyait ses étudiants de maîtrise et de master pour des enquêtes et des enregistrements. Mais cela n’empêchait pas l’étude d’une littérature foisonnante, surtout théâtrale et poétique sur laquelle il produisait des communications et des articles scientifiques : on citera par exemple un article intitulé « De la marionnette à l’opérette : le théâtre en picard de l’amiénois Camille Dupetit », le numéro « Desrousseaux » pour la revue nord’, ou encore les pages consacrées à Simons dans le numéro Théâtre(s) de la même revue.

Dans un article paru dans L’Écho du Pas-de-Calais en décembre 2006,à l’occasion de la sortie de son livre sur La Littérature patoisante du Nord – Pas-de-Calais, Jacques Landrecies expliquait que son intérêt pour le picard lui était venu d’une expérience déroutante vécue dans son enfance : entendre chez lui à Fauquembergues, son père, fils de fermier, s’exprimer en patois alors que sa mère parlait français : « Je ne comprenais pas pourquoi [ma mère] disait “levure” par exemple alors que sa voisine utilisait “d’eul’ gé” » et le journaliste, Christian Defrance, ajoutait : « La levure a fait gonfler son intérêt pour ce qu’il n’appelait pas encore le parler picard ». Notons d’ailleurs que Jacques Landrecies tenait à cet intitulé et non au chtimi, devenu la dénomination commune et publicitaire d’une langue dont il étudiait les variantes d’une localité à l’autre : ainsi un article pour les Mélanges Petit traitait de la langue du village natal de celui-ci, le « village minier » d’Escaupont, près de Valenciennes.
Ses études au cours complémentaire à Fruges, puis à l’École normale, où il va nouer de solides amitiés, ont conduit Jacques Landrecies au professorat de Lettres. Très impliqué dans la vie associative très riche du monde des « patoisants », il a voulu aussi donner à la fréquentation de cette langue picarde, qu’il entend parler par ses proches et ses amis, une assise universitaire. Il soutient donc en 1994, sous la direction de Roger Berger, une thèse de doctorat intitulée Littérature dialectale du pays noir : étude littéraire et linguistique (1897-1943).
Il est recruté en 1997 à l’université de Lille 3 pour succéder à Denise Poulet et il y formera à l’étude scientifique de leur langue maternelle des générations d’étudiants, en licence dans le cadre des «UE libres » ainsi qu’en maîtrise et master.

Pour nord’, Jacques Landrecies a été un compagnon de longue date, tenant à être présent aux réunions et aux repas qui les suivaient, malgré une fatigue et des difficultés à marcher toujours plus grandes, car il aimait les discussions amicales et les manifestations conviviales.
Il a participé à de nombreux numéros et assurait régulièrement une chronique, a ch’cuin picard ainsi qu’un grand nombre de comptes rendus. Outre le numéro consacré à l’auteur de la plus célèbre chanson dormoire du nord, Le P’tit Quinquin, il a donné des articles dans les numéros « Léon Bocquet » (2003), « La bande dessinée » (2006), « Pierre Hamp » (2007), et tout récemment dans le numéro « Calais », avec un article consacré à l’un des quartiers de la ville, « Le Courgain maritime célébré par la littérature picarde». Certains d’entre nous l’auront vu pour la dernière fois à la présentation de ce numéro à la librairie du Channel, où il avait, là encore, tenu à être présent. La veille de son accident cardiaque, il envoyait les articles du numéro « Lucien Suel », qu’il avait coordonné avec Paul Renard et qu’il venait d’achever, renouant avec sa jeunesse puisque Lucien Suel avait été son condisciple à l’École normale. La parution de cet ultime numéro, alors qu’il était dans le coma à l’hôpital de Lille, a donné lieu à des courriers pleins d’émotion de la part de Lucien Suel, exprimant « [s]a peine de penser que Jacques n’aura pas vu cette réussite », et de Ronald Klapka évoquant « ce fonds d’amitié qui rassemble parfois ceux que la vie a dispersés ».

Les membres de la revue nord’ à laquelle il était si attaché se souviendront avec émotion d’un compagnon de route plein de savoir, d’humour et de modestie.

Pour nord’et la S.N.L.,
Marie-Madeleine Castellani



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